Bouillabaisse Marseillaise : la Recette Authentique des Pêcheurs
Colette Beaumont
30 mars 2026

Ingrédients
Instructions
- 1
Préparez le bouillon : dans une grande marmite, faites chauffer 4 cuillères d'huile d'olive à feu vif. Faites revenir les oignons et l'ail émincés 5 minutes. Ajoutez les tomates concassées et le fenouil émincé.
- 2
Ajoutez les petits poissons de roche entiers (ou tronçonnés si grands), le bouquet garni, le zeste d'orange et le safran. Mélangez et faites revenir 5 minutes.
- 3
Couvrez largement d'eau froide (environ 2 litres). Portez à ébullition vive. La bouillabaisse doit bouillir « à gros bouillons » — c'est ce qui donne son nom au plat (bouillir + abaisser le feu = bouilli-abaissé). Écumez et laissez bouillir 25 minutes.
- 4
Passez le bouillon au moulin à légumes (pas au mixeur, pour éviter les arêtes) puis filtrez à travers un chinois. Pressez bien les carcasses pour extraire tout le jus. Réservez le bouillon parfumé.
- 5
Préparez la rouille : dans un mortier, pilez l'ail avec le piment et une pincée de sel jusqu'à obtenir une pâte lisse. Incorporez le jaune d'œuf. Ajoutez l'huile d'olive en filet très fin en tournant constamment (comme une mayonnaise). Incorporez l'eau safranée et rectifiez l'assaisonnement. La rouille doit être dorée, épaisse et légèrement piquante.
- 6
Portez le bouillon à ébullition dans une grande marmite. Ajoutez les pommes de terre en rondelles épaisses. Laissez cuire 10 minutes.
- 7
Ajoutez les poissons nobles en commençant par les plus denses : la baudroie et les grosses rascasses d'abord (10 minutes), puis les poissons plus délicats (grondin, vive) 5 minutes plus tard. La cuisson doit être vive — c'est le secret de la bouillabaisse.
- 8
Service traditionnel : retirez délicatement les poissons et les pommes de terre. Versez le bouillon dans des assiettes creuses avec des tranches de baguette grillée et une cuillère de rouille. Servez les poissons et les pommes de terre dans un plat séparé.
La Bouillabaisse, mythe et réalité d'une soupe légendaire
Il n'est pas de plat plus célèbre, plus disputé et peut-être plus mal copié que la bouillabaisse. Cette soupe de poissons née sur le Vieux-Port de Marseille est devenue, au fil des siècles, l'ambassadrice de la cuisine méditerranéenne dans le monde entier. Mais la vraie bouillabaisse — celle qui mérite son nom — est exigeante, technique et indissociable d'un terroir précis.
À l'origine, la bouillabaisse est une cuisine de pauvres. Les pêcheurs marseillais, rentrant de mer avec leurs filets, mettaient de côté les petits poissons de roche trop laids, trop osseux ou trop peu charnus pour être vendus au marché. Ces rebuts — rascasses, girelles, vives, rougets de roche — étaient jetés dans une grande marmite avec de l'eau, de l'huile d'olive, des tomates, du fenouil et du safran, qui poussait sauvagement sur les collines provençales. La cuisson devait être vive, d'où le bouillir puis l'abaisser du feu qui donnerait son nom au plat.
La légende mythologique ajoute que la déesse Vénus aurait inventé la bouillabaisse pour endormir son époux Vulcain pendant ses aventures avec Mars. D'autres attribuent son origine à la Grèce antique, quand les Phocéens fondèrent Massalia (Marseille) il y a 2 600 ans. Ce qui est certain, c'est que la bouillabaisse telle que nous la connaissons date du XIXe siècle, quand les restaurants du Vieux-Port la transformèrent en spécialité gastronomique.
La Charte de la Bouillabaisse
En 1980, les restaurateurs marseillais rédigèrent la Charte de la Bouillabaisse pour protéger la recette authentique contre les innombrables contrefaçons qui pullulaient dans les restaurants touristiques. Cette charte définit onze poissons obligatoires : la rascasse (indispensable), le grondin, la vive, le saint-pierre, la baudroie (lotte), le congre, la girelle, le mulet, le rouget, le denti et le pageot.
La rascasse est le poisson emblématique, celui sans lequel la bouillabaisse n'est pas une bouillabaisse. Sa chair gélatineuse et ses arêtes aromatiques donnent au bouillon ce fond typique, cette richesse iodée et légèrement amère qu'aucun autre poisson ne peut remplacer.
Les secrets de la vraie bouillabaisse
Le safran est indispensable et non négociable. Pas le safran en poudre (souvent frelaté) mais les filaments de safran de qualité (espagnol, iranien ou du Quercy), infusés dans de l'eau chaude avant d'être ajoutés au bouillon. Le safran apporte la couleur dorée caractéristique et une saveur florale unique.
La cuisson à gros bouillons est la technique qui donne son nom au plat. L'émulsion violente de l'eau et de l'huile d'olive crée une liaison naturelle qui donne au bouillon son aspect légèrement crémeux et opaque. Une bouillabaisse qui mijote doucement sera fadasse — elle doit bouillir vigoureusement.
Le moulin à légumes (et non le mixeur) est impératif pour passer le bouillon : il broie les chairs et les légumes en extrayant tous leurs sucs sans réduire les arêtes en poudre, qui pourrait rendre le bouillon amer.
La rouille, âme de la bouillabaisse
La rouille est la condiment star de la bouillabaisse, celle qu'on nape généreusement sur les croûtons plongés dans le bouillon. Son nom vient de sa couleur rouille, donnée par le safran et le piment. La vraie rouille se fait au mortier et au pilon : l'ail pilé, le piment, puis l'émulsion progressive de l'huile d'olive sur un jaune d'œuf. C'est une mayonnaise à l'ail et au safran, plus épaisse et plus rustique que l'aïoli traditionnel.
Conseils du chef
Ne faites pas l'impasse sur le bouillon de poissons de roche : c'est le fondement du plat. Si vous n'avez pas accès aux poissons de roche entiers, cherchez les « soupes de poissons de roche » vendues en bocaux par les conserveries provençales (Roque, La Perle des Dieux) — elles constituent une base de bouillon acceptable.
Demandez à votre poissonnier de vous préparer les poissons nobles : vidés, écaillés, et si possible découpés en portions généreuses. La présentation du poisson entier ou en gros morceaux est une particularité de la bouillabaisse par rapport aux simples soupes.
Accord vins
Un blanc sec et minéral de Cassis AOC (l'appellation provençale la plus proche de Marseille) est l'accord canonique. Le Bandol blanc, le Palette ou un simple Côtes-de-Provence blanc frais s'accordent également très bien. La fraîcheur et le côté iodé des blancs du Midi s'harmonisent parfaitement avec les parfums méditerranéens de la bouillabaisse.
