Cassoulet Toulousain Authentique : la Recette de Grand-Mère
Colette Beaumont
30 mars 2026

Ingrédients
Instructions
- 1
La veille, faites tremper les haricots blancs dans trois fois leur volume d'eau froide pendant 12 heures. Égouttez-les et rincez-les.
- 2
Dans une grande marmite, couvrez les haricots d'eau froide. Ajoutez la couenne roulée et ficelée, la poitrine demi-sel, le jarret, les carottes, un oignon piqué de clous de girofle et le bouquet garni. Portez à ébullition.
- 3
Écumez soigneusement pendant les 10 premières minutes. Réduisez le feu et laissez cuire 45 minutes à petite ébullition. Les haricots doivent être presque cuits mais encore un peu fermes.
- 4
Pendant la cuisson des haricots, faites revenir le deuxième oignon émincé et les 4 gousses d'ail dans la graisse de canard. Ajoutez les tomates pelées et concassées. Laissez mijoter 20 minutes pour obtenir une sauce épaisse. Réservez.
- 5
Retirez les viandes de la marmite. Découpez la poitrine et le jarret en gros morceaux. Roulez la couenne et découpez-la en tronçons de 3 cm. Réservez le bouillon de cuisson.
- 6
Préchauffez le four à 150°C (thermostat 5).
- 7
Dans votre cassole (plat en terre cuite) ou une grande cocotte, frottez le fond avec une gousse d'ail. Déposez une première couche de haricots, puis les viandes : jarret, poitrine, couenne et confit de canard (peau vers le haut).
- 8
Ajoutez la sauce tomate-ail sur les viandes, puis recouvrez avec le reste des haricots. Versez le bouillon chaud jusqu'à affleurer les haricots.
- 9
Faites dorer la saucisse de Toulouse dans une poêle avec un peu de graisse de canard, puis enfoncez-la dans le cassoulet en spirale.
- 10
Saupoudrez d'une couche de chapelure. Arrosez d'une cuillère de graisse de canard fondue.
- 11
Enfournez à 150°C pendant 2 heures. Quand une croûte se forme, enfoncez-la délicatement dans le cassoulet avec le dos d'une cuillère. Cette opération traditionnelle s'appelle « rompre la croûte ». Répétez 7 fois selon la tradition !
- 12
En fin de cuisson, laissez la dernière croûte se former et dorer. Servez directement dans le plat de cuisson, très chaud.
Le Cassoulet, icône du Sud-Ouest
Peu de plats français suscitent autant de passion et de débats que le cassoulet. Cette préparation monumentale de haricots blancs et de viandes confites est bien plus qu'un simple plat hivernal : c'est une institution culturelle, un marqueur identitaire du Languedoc que ses habitants défendent avec une fierté ombrageuse.
La légende de sa création remonte à la Guerre de Cent Ans. Les habitants de Castelnaudary, assiégés par les Anglais et au bord de la famine, auraient rassemblé tous leurs vivres disponibles — haricots, viandes séchées, jambons — pour préparer un gigantesque ragoût destiné à nourrir et fortifier leurs soldats avant une contre-offensive victorieuse. Ragaillardis par ce repas copieux, les Français auraient repoussé l'ennemi. Belle histoire, même si les historiens soulignent que les haricots blancs n'étaient pas encore cultivés en Europe à cette époque...
Ce qui est certain, c'est que la « guerre du cassoulet » entre Castelnaudary (le cassoulet au confit d'oie et à la couenne), Carcassonne (avec le mouton et la perdrix) et Toulouse (avec la saucisse de Toulouse et le confit de canard) fait rage depuis des siècles. L'auteur Anatole France, qui aimait les querelles gastronomiques, écrivait que le cassoulet de sa cuisinière Mélie « avait le goût d'un dieu vieux et tendre qu'on aurait recuit de temps en temps ».
L'art de la cassole
Le nom du plat vient de la cassole, le plat en terre cuite vernissée fabriqué depuis le XIVe siècle à Issel, petit village près de Castelnaudary. Cette poterie basse aux bords évasés n'est pas un détail : la terre cuite diffuse la chaleur doucement et uniformément, permettant une cuisson lente qui développe les arômes sans jamais brûler. Elle accumule les saveurs de cuisson en cuisson, comme un vieux wok ou une sauteuse bien culottée.
À défaut de cassole authentique, une cocotte en fonte ou un plat en terre cuite du commerce font très bien l'affaire. Évitez impérativement les plats en métal ou en verre qui conduisent mal la chaleur.
Le secret des haricots tarbais
Le haricot tarbais, cultivé dans les Hautes-Pyrénées et bénéficiant d'un Label Rouge, est le choix des puristes pour le cassoulet. Sa peau fine, sa chair crémeuse et sa capacité à absorber les jus de cuisson sans éclater en font l'ingrédient idéal. Le lingot du Nord constitue une très bonne alternative, plus facile à trouver. Évitez les haricots en conserve : la longue cuisson les réduirait en purée.
Conseils du chef
La règle d'or du cassoulet : patience et générosité. Ce plat ne supporte pas la précipitation. Comptez une bonne demi-journée de préparation et de cuisson. En échange, vous obtiendrez un plat qui peut servir 8 à 10 personnes et dont les restes, réchauffés le lendemain, seront encore meilleurs que le jour J.
Le cassoulet traditionnel se « rompt » 7 fois pendant la cuisson : chaque fois qu'une croûte dorée se forme, on l'enfonce délicatement dans le plat pour qu'elle se mêle aux haricots et aux jus. Cette opération enrichit le plat d'une profondeur de goût incomparable.
Préparez votre cassoulet deux jours à l'avance si possible : réchauffé au four à 120°C pendant une heure, il atteint son apogée. Ajoutez un peu de bouillon si les haricots semblent secs.
Les trois écoles du cassoulet
Castelnaudary : confit d'oie, porc et couenne, sans tomate, considéré comme le cassoulet « primitif » et le plus authentique par ses partisans.
Carcassonne : mouton (épaule), perdrix en saison, et parfois un peu de tomate. Plus rare à trouver de nos jours.
Toulouse : confit de canard, saucisse de Toulouse (avec son ail et ses épices), et tomate. C'est la version la plus connue et la plus répandue, celle que nous proposons ici.
Accord vins
Un rouge du Sud-Ouest s'impose : Cahors (Malbec), Fronton, Madiran ou Gaillac rouge. Pour les grandes occasions, un Corbières ou un Fitou accompagnent magnifiquement ce plat puissant. Évitez les vins fins et délicats que la robustesse du cassoulet écraserait.
